Alors que Knack Roeselare dispute à nouveau les huitièmes de finale de la Champions League, qu’il a offert une vitrine européenne à un Basil Dermaux en pleine explosion et qu’il construit déjà l’effectif de la saison prochaine, une chose apparaît clairement : Roeselare vit à un rythme rarement atteint en Belgique.
Au cœur de cette dynamique, à la veille du match aller de Champions League contre les Polonais de Rzeszów, se trouve Stijn Dejonckheere. Il n’y a pas si longtemps encore libero du club ouest-flandrien, il est aujourd’hui CEO et, plus que jamais, l’homme qui, avec Dirk Specenier, veille sur les lignes directrices du projet. Il parle avec le calme de quelqu’un qui connaît le club de l’intérieur, mais aussi avec l’ambition d’un dirigeant qui sait que rester immobile, c’est reculer.
Roeselare est très souvent dans l’actualité ces derniers mois. Sportivement, en Europe, sur le marché des transferts. Comment vivez-vous cette période ?
Stijn Dejonckheere : « Extrêmement intense. Cent pour cent. Mais aussi très beau, parce qu’on sent que quelque chose vit dans le club. Dirk Specenier et moi essayons de donner une direction en coulisses, mais au final c’est toute l’organisation qui porte cela : le groupe de joueurs, le staff, les bénévoles, les gens autour du club. Il y a énormément de passion et aussi beaucoup de fierté. Quand on voit que nous n’avons perdu qu’un seul match en championnat, que nous avons réalisé de grandes performances en Europe et qu’en même temps il se passe déjà beaucoup de choses en vue de la saison prochaine, on sait que l’on vit une période importante. C’est intense, oui, mais c’est aussi un luxe. On travaille pour vivre cela. »
Vous avez de nouveau atteint la phase à élimination directe de la Champions League. Est-ce encore exceptionnel aujourd’hui ?
« Cela paraît plus exceptionnel qu’avant, alors que ce n’est objectivement pas si longtemps que nous y étions déjà. Moi-même, comme joueur, j’ai atteint deux ou trois fois le tour suivant. Mais le contexte a changé. Le volley-ball est devenu encore plus dur et plus international en Europe. Chaque année, il devient plus difficile de s’y faire une place. Et pourtant, nous y sommes à nouveau. Cela veut dire beaucoup. Et surtout, c’est la manière qui compte.
Les matches contre Galatasaray, Lublin ou Ankara n’étaient pas des soirées européennes anonymes. Ce sont des rencontres qui ont vécu. Les gens ont senti que Roeselare redevenait une équipe avec laquelle il faut compter. Et croyez-moi, en Europe aussi on le ressent. Il y a des clubs qui pensent : mieux vaut éviter Roeselare. Rien que cela en dit long. »
Qu’est-ce que cela représente pour un club belge ?
« C’est extrêmement important. Sportivement, parce que cela te permet de te mesurer en permanence au plus haut niveau. Mais aussi pour la tradition du club. On ne peut pas toujours traduire cela en euros. À court terme, la Champions League n’est pas un modèle rentable pour nous. Si on additionne tout, on y perd même souvent financièrement. Mais à long terme, c’est inestimable.
Pour les partenaires commerciaux. Pour l’image du club. Pour les joueurs. Pour l’ambiance à Schiervelde. Nous ne sommes pas le football. Nous n’avons pas vingt grandes soirées européennes par saison. Quand Ankara vient jouer ici et que la salle est pleine avec plus de 2.200 personnes, ce sont des journées extraordinaires pour notre sport. Et dans ces moments-là, le volley-ball gagne peut-être plus que le club lui-même. »
Le match aller contre Rzeszów en huitième de finale a pourtant été sans appel : 3-0. Comment l’analysez-vous ?
« C’était une soirée difficile, parce que personne n’était vraiment au rendez-vous. Et cela arrive rarement chez nous. Mais ce qui m’a surtout frappé, c’est que notre niveau moyen était trop bas.
Quand nous jouons au sommet de notre niveau, nous sommes une très bonne équipe. Nous pouvons faire mal à des grandes équipes européennes. Mais l’écart entre notre top niveau et notre niveau moyen ou bas est encore trop grand. Dans les clubs de tout premier plan, cet écart est beaucoup plus petit.
À Rzeszów, eux étaient à leur maximum et nous à notre minimum. À ce niveau-là, c’est fatal. On perd sans discussion et on a l’impression que l’écart est énorme. Mais c’est aussi une question de perception. Si nous jouons à notre meilleur niveau et que le doute s’installe chez l’adversaire, je vois vraiment des possibilités. »
Même contre Rzeszów ?
« Pourquoi pas ? Regardez ce que nous avons fait contre Lublin. Regardez comment nous avons parfois sorti Leon de sa zone de confort. Si on sent une fissure dans la confiance de l’adversaire, le match devient vivant.
Il faut alors une ouverture, un public qui explose, quelques joueurs qui se surpassent. Et quelque chose peut se passer.
Au retour, en réalité, nous devons gagner trois fois le match. Nous devons gagner 3-0 ou 3-1. C’est extrêmement difficile. Mais si nous pouvons créer une petite fissure, je veux voir ce que cela provoque. »
La Champions League est-elle pour Roeselare une vitrine ou une véritable ambition sportive ?
« Les deux. Il faut être réaliste : participer structurellement au sommet européen est difficile depuis la Belgique. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas l’ambitionner.
Nos objectifs sportifs sont clairs : jouer deux finales en Belgique — coupe et championnat — et atteindre un deuxième tour européen. En plus, nous voulons gagner non seulement la Supercup, mais aussi la BeNe Cup et la BeNe Conference. Ce sont nos objectifs.
Donc non, cette phase à élimination directe n’est pas un hasard ou un bonus. Nous travaillons consciemment pour y arriver. Et en même temps, c’est évidemment aussi une vitrine. Pour les joueurs, pour le club et pour le volley-ball belge en général. Basil Dermaux en est le meilleur exemple. »
Justement, parlons de Dermaux. À quel moment le club a-t-il senti qu’il explosait vraiment ?
« Nous connaissions très bien Basil, puisqu’il venait de notre formation. Après sa blessure, nous lui avons proposé un contrat de confiance de trois ans, parce que nous étions convaincus de son potentiel de très haut niveau.
Mais tout est allé beaucoup plus vite que prévu. Personne n’aurait osé imaginer qu’il deviendrait aussi dominant aussi rapidement à ce niveau. Mais ce n’est pas seulement du talent. Basil est une machine de travail. Il a de la puissance, mais aussi une mentalité incroyable. Il sait exactement ce qu’il faut faire pour atteindre le sommet. Il reste humble. Il vient s’entraîner seul si nécessaire. Son talent est autant dans sa tête que dans son bras. »
Son transfert vers Milan est donc logique ?
« Oui. Nous avons encore un contrat avec lui pour la saison prochaine, mais personne n’a intérêt à le garder ici comme dans une cage. Nous voulons être un exemple comme club tremplin. C’est quelque chose qui nous correspond.
Hendrik Tuerlinckx, Matthijs Verhanneman, Stijn D’Hulst, Mathijs Desmet, Seppe Rotty, Michiel Ahyi, Märt Tammearu et Sam Deroo… Nous avons prouvé que nous pouvions faire progresser des joueurs et les préparer pour l’étape suivante.
Pour les jeunes joueurs ambitieux, c’est un message fort. Et en interne, personne ne dit que Basil doit rester ici à tout prix. Au contraire, nous sommes fiers d’être dans cette position. »
On parle d’une indemnité de transfert, ce qui est presque inexistant en volley-ball. Est-ce une première ?
« À ma connaissance oui, du moins de cette manière. Nous avons déjà connu des situations similaires dans le passé, mais une véritable indemnité comme maintenant reste exceptionnelle.
Nous ne devenons pas riches avec cela. Ce n’est pas un modèle économique. Mais c’est une bonne opération. Et surtout symboliquement important. Cela montre que les clubs belges peuvent non seulement former des joueurs, mais aussi les valoriser économiquement. C’est un pas en avant pour notre sport. »
Mais sportivement, il faudra le remplacer. Où en êtes-vous ?
« Assez loin dans le processus. L’une de nos conditions dans cet accord était d’avoir une alternative. Nous avons donc déjà un profil. Mais nous ne pouvons pas encore tout dire, parce que le championnat italien vient seulement de se terminer et que Milan n’a pas encore tout communiqué officiellement. Officieusement, nous savons beaucoup. Officiellement, il faut parfois être patient. »
Ce sera un attaquant italien ?
« C’est exact. »
Gilles Vandecaveye est une autre recrue marquante. Pourquoi lui ?
« Gilles était déjà sur notre radar depuis un moment. Même avant que Mathijs Desmet ne décide d’arrêter, les discussions étaient déjà en cours. Ce qu’il a montré à Menen est impressionnant. Il s’est imposé comme un vrai capitaine. Il peut faire très mal au service et c’est aussi l’un des meilleurs réceptionneurs-attaquants de Belgique. Et sa personnalité correspond parfaitement à Roeselare : un West-Flamand, sobre, travailleur. »
L’arrivée de Martijn Colson a aussi surpris. Pourquoi correspond-il à votre projet ?
« Martijn est un cas intéressant. Nous le connaissons depuis longtemps, notamment avec l’équipe nationale. Il a joué dans plusieurs clubs, nous a même déjà pris une coupe avec Anvers et possède un physique exceptionnel pour le volley-ball belge.
Mais surtout, il se trouve aujourd’hui dans une phase stable de sa vie et veut se consacrer pleinement au volley-ball. Pour nous, c’est essentiel. Il cherchait un environnement professionnel qui lui permette d’exploiter tout son potentiel. Nous pensons pouvoir lui offrir cela. Et un central belge expérimenté avec ce physique reste toujours un profil précieux. »
Où en sont les autres dossiers : Pieter Coolman, Dennis Deroey, Erik Siksna ?
« Les discussions sont en cours et très positives. Mais je veux aussi laisser aux joueurs le temps de décider à leur rythme. Regardez Pieter Coolman : chaque année, son avenir se décide tard. Certains joueurs doivent d’abord réfléchir à ce qu’ils veulent encore faire. Il faut respecter cela. »
Revenons à Mathijs Desmet. Sur le papier, c’était le retour parfait. Comment avez-vous vécu sa décision d’arrêter ?
« Sur le papier, c’était effectivement parfait. ‘Smetje’ a grandi ici. C’est un homme de famille, il voulait se rapprocher de sa fiancée et sportivement on pensait pouvoir reprendre là où nous nous étions arrêtés.
Mais le sport de haut niveau est impitoyable. Sa cheville restait un problème. Il y a encore eu une intervention l’été dernier. Après de nombreuses discussions, il a décidé qu’il ne pouvait plus continuer au niveau maximal nécessaire. »
Quelle a été la déception ?
« Grande, parce que sportivement c’était un scénario de rêve. Mais je le comprends totalement. Sa plus grande crainte concernait honnêtement la réaction des supporters. Il s’en faisait beaucoup.
Maintenant que la décision est publique, on voit aussi un certain soulagement. C’est un joueur populaire, un homme du club. Et il le restera. »
Roeselare domine le volley-ball belge depuis des années. Qu’est-ce qui rend ce club si stable ?
« La structure, le professionnalisme, la culture. Ici, il faut sentir chaque jour que le sport de haut niveau est la norme. Que les détails comptent. Qu’une finale se joue pour être gagnée.
L’une de nos valeurs centrales est le rôle de pionnier. Nous voulons jouer un rôle moteur en Belgique et en Flandre. Pas seulement pour nous-mêmes, mais pour tout le sport. Et regardez : Maaseik est revenu. Menen et Haasrode Leuven progressent. La BeNe Conference apporte de nouveaux stimuli. Je ne pense donc pas que le volley-ball belge soit dominé sans partage. »
Vous êtes aussi connus comme club formateur.
« Nous voulons développer structurellement des joueurs capables de rejoindre le top européen. Ce n’est pas seulement beau, c’est aussi une partie de notre modèle. Basil en est un exemple, mais j’espère qu’il ne sera pas le dernier. Un jeune joueur belge doit savoir qu’à Roeselare il peut grandir. »
Si vous regardez cinq ans en avant : où doit se trouver Roeselare ?
« Le rêve est de rejouer une finale européenne, que ce soit en Champions League ou dans une autre compétition européenne. Nous en avons déjà joué, donc pourquoi pas encore ?
Regardez ce que Maaseik réalise actuellement en CEV Cup : on peut rêver. Mais nous restons des West-Flamands réalistes. Cela ne fonctionne que si on travaille bien chaque année.
Je veux que dans cinq ans Roeselare soit toujours le meilleur club tremplin de Belgique, toujours un pionnier, toujours un moteur pour notre sport. »
Quand serez-vous satisfait après le match retour contre Rzeszów ?
« Pour moi, il y a deux scénarios. Soit nous gagnons 3-0 ou 3-1, et peu importe la manière. Soit nous perdons, mais alors je veux pouvoir dire que nous avons tout laissé sur le terrain.
Si nous tombons en jouant à notre meilleur niveau, dans un Schiervelde en ébullition, je ne sauterai pas sur la table, mais je rentrerai quand même satisfait à la maison. Parce que nous aurons fait ce que nous devions faire. »
Texte: Kenny Hennens
Photo: Bart Vandenbroucke